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Pour en savoir plus :Le Tableau de bord de l’Environnement de Haute-Normandie : http://www.arehn.asso.fr/tabord/geop.php3 |
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Falaises et cordons de galetsLe littoral haut-normand constitue un paysage unique de falaises verticales s’étalant sur 130 km de long. Le terme « Côte d’Albâtre » fait référence à la couleur blanche de ses falaises crayeuses. La flore et la végétation de ces falaises présentent une grande spécialisation et certaines adaptations morphologiques pour résister aux vents et aux embruns salés qui balaient en permanence les parois et le haut des falaises (plantes naines, charnues, densément velues). Localement des placages de sables peuvent recouvrir le sommet des falaises, comme c’est le cas aux environs de Varengeville-sur-Mer. Il se développe alors une végétation acidiphile dont de remarquables landes humides à caractère atlantique.
Les cordons littoraux de galets sont formés par les silex provenant de l’érosion des falaises sous l’action de la mer et du gel. Ces cordons de galets hébergent notamment le Crambe maritime ou Chou marin (Crambe maritima). C’est aussi sur les galets et au niveau des laisses de mer de hauts de plages que l’on trouve la Bette maritime (Beta vulgaris subsp. maritima), ancêtre de nos betteraves sucrières, ou plus rarement l’Arroche de Babington (Atriplex glabriuscula) plutôt inféodée aux plages graveleuses et aux galets en pied de falaise.
Sur les parois de la falaise, à la faveur de petites corniches, replats étroits ou autres anfractuosités, le Fenouil marin ou Criste marine (Crithmum maritimum) arrive à s’installer et forme des touffes parfois abondantes. Sur des sols plus profonds, notamment en haut de falaise, une pelouse à Fétuque pruineuse (Festuca rubra subsp. pruinosa) s’installe, abritant parfois, le Silène maritime (Silene vulgaris subsp. maritima), la Carotte porte-gomme (Daucus carota subsp. gummifer), au feuilles plus petites et plus épaisses que la sous espèce typique et au port en coussinet, afin de résister aux effets asséchants des vents ; ou encore, plus localement, l’Armérie maritime (Armeria maritima subsp. maritima). Les rebords de falaise et les pentes les plus raides abritent notamment une sous-espèce du Séneçon blanchâtre (Tephroseris helenitis subsp. candida) endémique du littoral normand, ainsi que le Chou des falaises (Brassica oleracea subsp. oleracea), ancêtre sauvage à l’origine de diverses variétés de choux cultivés.
Les falaises sont par nature des milieux peu accessibles, ce qui les protège de nombreuses dégradations. Cependant, dans certains secteurs très touristiques, le piétinement peut provoquer la disparition du couvert végétal et de la flore caractéristique de ces falaises. Le recul des falaises met lui aussi en péril certaines espèces et communautés végétales, coincées entre le front de falaise et les zones de cultures intensives. La végétation des cordons de galets est quant à elle très sensible au déchaussement pouvant être causé par le piétinement important de ces galets pendant la saison estivale. |
Falaises du pays de Caux Source : AREHN
Le Chou marin (Crambe maritima)
La Criste marine (Crithmum maritimum)
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DunesContrairement aux régions voisines (Basse-Normandie, Picardie, Nord - Pas de Calais) où les systèmes dunaires sont fonctionnels, complexes (dune embryonnaire, dune blanche, dune grise, pannes dunaires…) et très étendus, la région Haute-Normandie présente un trait de côte peu propice à l’installation de ce type de végétations. L’estuaire de la Seine représente l’unique localité régionale abritant une végétation dunaire.
En haut de plage, la décomposition des laisses de mer apportées par les marées produits de nombreux éléments azotés. Cela permet à certaines espèces comme le Caquillier occidental (Cakile maritima), et l’Honckénya fausse-péplide (Honckenya peploides) de se développer et de participer aux premières accumulations de sables de la dune embryonnaire. Au même niveau peut s’installer l’Élyme à feuilles de jonc (Elymus farctus subsp. boreoatlanticus), qui joue un rôle important dans la fixation du sable et forme des colonies de quelques mètres carrés. Un peu plus en retrait, sur la dune blanche, d’autres espèces, moins halophiles peuvent s’observer tels que l’Oyat des sables (Ammophila arenaria), l’Euphorbe des dunes (Euphorbia paralias), le Liseron des dunes (Calystegia soldanella) ou le Panicaut maritime (Eryngium maritimum).
L’unique dune du territoire régional se situe à l’intérieur de la Réserve Naturelle de l’estuaire de Seine où elle est protégée de la fréquentation. Elle montre une dynamique favorable d’engraissement depuis quelques années. |
Végétation dunaire à Oyat des sables (Ammophila arenaria)
L'Euphorbe des dunes (Euphorbia paralias)
La Panicaut maritime (Eryngium maritimum) |
Estuaires, prés salés et milieux saumâtresL’estuaire de la Seine, parmi l’un des plus vastes de France, est bien sûr l’estuaire le plus significatif de Haute-Normandie. Bien que fortement artificialisé, il constitue l’une des entités naturelles les plus remarquables de la région.
La côte d’albâtre compte quelques neuf embouchures de fleuves côtiers. Néanmoins, celles-ci sont largement artificialisées (digues, canaux), ce qui limite fortement le développement des systèmes estuariens.
Les végétations estuariennes s’échelonnent et se répartissent dans l’espace en fonction de la fréquence et de la durée des submersions lors des marées. On distingue classiquement la slikke, plus ou moins recouverte à chaque marée et le schorre qui se subdivise en bas, moyen et haut-schorre selon que celui-ci sera partiellement ou totalement recouvert à chaque marée de vives eaux (c’est-à-dire une à deux fois par mois) ou seulement lors des grandes marées d’équinoxe, c'est-à-dire deux fois par an.
La haute-slikke est le domaine des Salicornes : Salicorne d’Europe (Salicornia europaea) ou Salicorne couchée (Salicornia procumbens var. procumbens) mais également de la Suéda maritime (Suaeda maritima). Sur le Schorre, où la végétation est plus dense et diversifiée, peuvent s’observer l’Atropis maritime (Puccinellia maritima), l’Atropis distant (Puccinellia distans) ou la Spergulaire marine (Spergularia marina).
L’estuaire de la Seine possède la deuxième plus grande roselière de France après la Camargue : 1300 ha. Il s’y développe entre autres, des roselières subhalophiles à Scirpe maritime (Bolboschoenus maritimus) et Aster maritime (Aster tripolium) ou encore des mégaphorbiaies subestuariennes à Oenanthe safranée (Oenanthe crocata) et Guimauve officinale (Althaea officinalis).
Les mares situées en contexte subhalophile peuvent abriter des ruppies : Ruppie maritime (Ruppia maritima) et plus rarement Ruppie spiralée (Ruppia cirrhosa) ; la Zannichellie pédicellée (Zannichellia palustris subsp. pedicellata) ou encore la Renoncule de Baudot (Ranunculus baudotii).
En arrière de la route de l’estuaire, des prairies halophiles permettent le développement du Jonc de Gérard (Juncus gerardii), du Troscart maritime (Triglochin maritimum) ou du Vulpin bulbeux (Alopecurus bulbosus). Plus en retrait encore, on trouve des prairies de contexte non halophile à Orge faux-seigle (Hordeum secalinum).
L'estuaire de Seine actuel est morphologiquement marqué par les activités humaines qui ont progressivement transformé les milieux en présence. Les installations industrialo-portuaires, l’endiguement du fleuve ou la réalisation d'infrastructures routières sont à l'origine d'une profonde mutation des milieux. Malgré cela, l'estuaire de la Seine constitue encore un ensemble naturel d’exception. Depuis 1997 plus de 8500 hectares de l’estuaire bénéficient du statut de Réserve naturelle nationale.
Les mares situées en contexte subhalophile peuvent abriter des ruppies : Ruppie maritime (Ruppia maritima) et plus rarement Ruppie spiralée (Ruppia cirrhosa) ; la Zannichellie pédicellée (Zannichellia palustris subsp. pedicellata) ou encore la Renoncule de Baudot (Ranunculus baudotii).
L'aster maritime (Aster tripolium)
L'estuaire de Seine compte de nombreuses mares utilisées et entretenues pour la chasse au gibier d'eau Source : AREHN |
Embouchure de la Scie à Hautot-sur-Mer Source : AREHN
Végétation de la Slikke
La Salicorne couchée (Salicornia procumbens var. procumbens)
Roselières de l'estuaire de Seine
Filandre au sein d'une roselière |
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Prairies et bas-marais tourbeuxDes dépressions tourbeuses se sont formées à la faveur de méandres délaissés par la Seine (Marais-Vernier, Heurteauville). La tourbe se forme dans des conditions particulières, dites abiotiques, où la pauvreté voire l’absence d’oxygène, du fait de l’inondation quasi-permanente, ne permet pas d’assurer la décomposition complète de la matière organique dans des milieux par ailleurs très productifs (diverses mousses dites turfigènes en particulier de la famille des Hypnacées en milieu alcalin et Sphagnacées en milieu acide), tiges et feuilles des roseaux et laîches notamment).
Alimentée au moins en partie par des eaux chargées en calcium en provenance de la nappe de la craie et des eaux de ruissellement et de percolation du plateaux crayeux, la tourbe de ces milieux présente des caractéristiques chimiques différentes de celles des tourbières à sphaignes, dépourvues de bases (calcium notamment). Pour cette raison, les tourbières alcalines sont souvent appelées « bas-marais » ou tourbière basses alcalines par opposition aux tourbières bombées acides.
Les tourbières figurent parmi les milieux les plus rares et les plus fragiles de Haute-Normandie. De nombreuses espèces de Laîches peuvent être observées. Parmi les plus rares citons : la Laîche bleuâtre (Carex panicea), la Laîche raide (Carex elata), la Laîche déprimée (Carex demissa) la Laîche lisse (Carex laevigata) ou la Laîche écailleuse (Carex lepidocarpa). Ces tourbières basses alcalines sont aussi le domaine privilégié de certaines orchidées comme l’Orchis des marais (Orchis palustris), la Dactylorhize à larges feuilles (Dactylorhiza majalis), la Dactylorhize incarnate (Dactylorhiza incarnata) ou l’Epipactis des marais (Epipactis palustris). Citons encore parmi les espèces les plus remarquables le Marisque (Cladium mariscus), la Grassette du Portugal (Pinguicula lusitanica), la Grande douve (Ranunculus lingua), le Mouron délicat (Anagallis tenella), le Troscart des marais (Triglochin palustre), le Trèfle d’eau (Menyanthes trifoliata) ou encore la Gesse des marais (Lathyrus palustris).
Les tourbières boisées présentent des stations remarquables à Piment royal (Myrica gale) et Osmonde royale (Osmunda regalis).
Localement, notamment lorsque les fortes précipitations le permettent, la couche superficielle de tourbe peut subir une acidification superficielle par lexiviation (entraînement par l’eau de pluie des particules et des ions, des couches supérieures vers les couches plus profondes). L’arrivée concomitante de certaines espèces de sphaignes (Sphagnum palustre, Sphagnum fimbriatum notamment) contribue à amplifier l’acidification. Sur ces secteurs peuvent s’observer certaines espèces acidiphiles comme le Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia), le Rossolis intermédiaire (Drosera intermedia), le Rhynchospore blanc (Rhynchospora alba) au milieu de bas-marais alcalins. Ce phénomène d’acidification superficielle peut également survenir lors d’une mise à nu de la tourbe.
Les milieux tourbeux sont fortement localisés en Haute-Normandie (Marais-Vernier, Heurteauville). La tourbe du marais d’Heurteauville a été largement exploitée sur toute sa profondeur et son boisement, presque total, a fait disparaître de nombreux groupements spécifiques. Le Marais-Vernier a quant à lui, fait l’objet d’un grand projet d’assèchement financé par le plan Marshall en 1947. Ce projet s’est cependant soldé par un échec, évitant une dégradation trop importante des richesses biologiques du Marais-Vernier. A l’heure actuelle, la déprise agricole, synonyme d’embroussaillement et de banalisation des milieux est certainement l’une des menaces les plus fortes sur la flore et la végétation du Marais-Vernier.
Les milieux tourbeux de Haute-Normandie sont aujourd’hui identifiés comme des points incontournables de la biodiversité régionale et extrarégionale. Depuis trente ans, de multiples interventions en faveur de leur protection ont et sont encore menées. |
Vue sur le secteur tourbeux du Marais-vernier avec la Réserve naturelle des Mannevilles et la Réserve de chasse et de faune sauvage de la Grand'mare Source : AREHN
La Dactylorhiza à larges feuilles (Dactylorhiza majalis)
Le Trèfle d'eau (Menyanthes trifoliata)
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Vallées et prairies alluvialesLes zones humides alluviales sont un réservoir de biodiversité, tant pour les habitats et la flore associée que pour la faune. Du lit mineur (le cours d’eau proprement dit) au lit majeur (l’ensemble de la zone inondable), c’est tout un ensemble de végétations aquatiques, amphibies et hygrophiles qui se succèdent.
Les ruisseaux et rivières aux eaux vives et de bonne qualité sont le milieu d’élection des renoncules aquatiques (Ranunculus penicillatus et Ranunculus fluitans). Les cours d’eau plus lents, aux eaux plus riches, sont plutôt le domaine des callitriches (Callitriche sp.) et des potamots (Potamogeton pectinatus).
Sur certaines berges, notamment en vallée de la Risle, peuvent être observés le Pigamon jaune (Thalictrum flavum) ou l’Euphorbe raide (Euphorbia stricta). De belles mégaphorbiaies à Séneçon des marais (Senecio paludosus) sont quant à elles encore assez présentes en amont de Rouen où le fleuve a préservé des rives naturelles. Toujours sur la Seine, des vasières hébergent le Scirpe maritime (Bolboschoenus maritimus), le Scirpe triquètre (Schoenoplectus triqueter) ou plus exceptionnellement encore le Scirpe piquant (Schoenoplectus pungens).
Enfin, le fleuve présente quelques exemples de forêt alluviale de bois tendres au niveau des rives et des îles de la Seine, situées en amont de Rouen. Cet habitat (saulaie arborescente à Saule blanc) est cependant assez fragmentaire et de largeur très limitée.
Si l’on s’écarte du cours d’eau, les prairies du lit majeur, traditionnellement fauchées ou pâturées extensivement, présentent des cortèges floristiques variant selon l’hygrométrie du sol, la ressource en éléments nutritifs et la gestion pratiquée (fauche ou pâture). Les prairies de fauche humides peuvent abriter l’Orchis à fleurs lâches (Orchis laxiflora), la Dactylorhize négligée (Dactylorhiza praetermissa), l’Oenanthe à feuilles de silaüs (Oenanthe silaifolia), l’Oenanthe fistuleuse (Oenanthe fistulosa), le Séneçon aquatique (Senecio aquaticus) et le Brome en grappe (Bromus racemosus). A l’est du département de l’Eure, la vallée de la Guiel présente notamment de belles prairies de fauche à Renouée bistorte (Persicaria bistorta).
De nombreux cours d’eaux ont fait l’objet de rectifications ou ont parfois été bétonnés et la qualité des eaux est souvent un facteur limitant pour l’expression d’une flore riche et diversifiée. Les prairies alluviales, convoitées pour la richesse de leurs terres et la qualité des foins qu’elles produisaient, ont été longtemps entretenues par la fauche. Cependant, avec la modernisation de l’agriculture, beaucoup de prairies hygrophiles ont perdues cette vocation au profit des labours, des prairies pâturées de façon intensive, voire des plantations de peupliers. |
Le Pigamon jaune(Thalictrum flavum)
Prairies inondées de la vallée de la Seine dans la boucle de Jumièges Source : AREHN
L'Oenanthe fistuleuse (Oenanthe fistulosa)
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Landes sèches, pelouses et forêts sur sols acides
Ces milieux sur sols acides peuvent se rencontrer dans trois situations : - à la faveur des affleurements argileux ou sableux des plateaux, - à la faveur des dépôts alluvionnaires de la Seine, - à la faveur des assises jurassiques du pays de Bray.
Les lisières et allées forestières des plateaux peuvent abriter la Bruyère cendrée (Erica cinerea), le Polygala à feuilles de serpolet (Polygala serpyllifolia), la Radiole faux lin (Radiola linoides), la Centenille naine (Centunculus minimus) ou le Lycopode en massue (Lycopodium clavatum). Les boisements spontanés présents sur ces sols acides sont le plus souvent des chênaies acidiphiles à Canche flexueuse (Deschampsia flexuosa) et Laîche à pilules (Carex pilulifera). Par endroit, la surexploitation de cette chênaie a conduit cette formation à évoluer vers une bétulaie. Ces bétulaies sont alors souvent associées à des clairières de landes à Callune (Calluna vulgaris) et à Bruyère cendrée (Erica cinerea).
Les pelouses sur sables des terrasses alluviales de la Seine abritent quant à elles des plantes confrontées à un substrat très filtrant. Les espèces annuelles sont particulièrement adaptées à ces conditions difficiles. Citons par exemple : la Mibore naine (Mibora minima), la Cotonnière d’Allemagne (Filago vulgaris), la Cotonnière naine (Filago minima), l’Ornithope délicat (Ornithopus perpusillus), l’Hélianthème taché (Tuberaria guttata), la Crassule tillée ou Mousse fleurie (Crassula tillaea) ou le Trèfle strié (Trifolium striatum). Certaines espèces présentent en milieux dunaires peuvent être observées sur les pelouses sableuses des terrasses de la Seine telles que la Laîche des sables (Carex arenaria), le Silène conique (Silene conica), ou le Trèfle scabre (Trifolium scabrum)... La composition floristique des pelouses varie en fonction du caractère acide ou alcalin du substrat sableux qui est plus ou moins décalcifié en fonction de l’ancienneté du dépôt et de l’intensité du lessivage des éléments minéraux par les précipitations. Les pelouses les plus décalcifiées sont propices à l’installation d’une flore des sols très pauvres et acides, tels que l’Aphane à petits fruits (Aphanes australis) ou la Téesdalie à tige nue (Teesdalia nudicaulis). Les pelouses sur sables calcarifères des basses terrasses abritent quant à elle une flore calcicole possédant des éléments communs avec les pelouses des coteaux crayeux. On peut ainsi observer le Bugle de Genève (Ajuga genevensis), l’Euphorbe de Séguier (Euphorbia seguieriana), l’Alysson calicinal (Alyssum alyssoides), la Cotonnière pyramidale (Filago pyramidata) ainsi que localement la Lunetière de Neustrie (Biscutella neustriaca).
L’exploitation des sables et l’urbanisation ont fortement réduit les surfaces de pelouses sur sables présentes en Haute-Normandie. Aujourd’hui, une meilleure prise en compte de l’originalité et de la richesse de ces milieux permet aux collectivités, aux exploitants de granulats et aux gestionnaires de milieux naturels de protéger et de restaurer certains de ces milieux. |
La cotonnière naine (Filago minima)
Le Silène conique (Silene conica) |
Landes humides et tourbières acidesLes landes humides et les tourbières acides, dites tourbières bombées, sont rares et localisées en Haute-Normandie. Elles sont principalement présentes en Pays de Bray, à la faveur des affleurements sableux et argileux du Jurassique (Wealdien). Bien qu’elles possèdent un cortège floristique pauvre comparé à d’autres habitats naturels, elles hébergent de nombreuses espèces strictement inféodées à ces milieux, donc souvent exceptionnelles en Haute-Normandie. Les landes humides et les tourbières acides du Pays de Bray abritent parmi les espèces les plus remarquables : la Linaigrette engainée (Eriophorum vaginatum), la Linaigrette à feuilles étroites (Eriophorum angustifolium), le Rhynchospore blanc (Rhynchospora alba), l’Airelle canneberge (Vaccinium oxycoccos), le Jonc rude (Juncus squarosus) ou encore le Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia). Les landes humides du Cap d’Ailly, abritent quant à elles le rarissime Ajonc de Le Gall (Ulex gallii), plus commun en Bretagne, et le Genêt des Anglais (Genista anglica). Du fait de la déprise agricole, les milieux ont notablement régressé par développement du boisement. |
Tourbière acide du pays de Bray
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Pelouses, lisières et boisements calcicolesLes assises calcaires du bassin parisien constituent le socle rocheux le plus étendu dans la région. Celles-ci affleurent à la faveur des flancs de vallées. Ces coteaux aux pentes parfois très fortes, donnent naissance à des sols squelettiques, peu profonds, sujets à la sécheresse une grande partie de l’année, surtout s’ils sont exposés au sud. De par ces particularités, les pelouses calcicoles offrent l’occasion d’observer des espèces en limite nord de leur aire de répartition. La Seine et la vallée de l’Eure regroupent sans nul doute les plus beaux ensembles crayeux ou calcaires de la région. Les vallées des fleuves littoraux et de leurs affluents à l’est de Dieppe (Arques, Varenne, Béthune, Eaulne, Yères et Bresle) sont elles aussi riches en pelouses calcicoles dont certaines tout-à-fait originales abritent, sur les craies marneuses, des espèces réputées hygrophiles telle que la Parnassie des marais (Parnassia palustris).
Les pelouses calcicoles de Haute-Normandie et leur milieux annexes abritent deux espèces endémiques : la Lunetière de Neustrie (Biscutella neustriaca), en pelouse xérique, et la Violette de Rouen (Viola hispida), sur les pierriers mobiles. Ces pelouses constituent souvent des sites riches en orchidées comme l’Ophrys frelon (Ophrys fuciflora), l’Ophrys litigieux. (Ophrys sphegodes subsp. araneola), la Platanthère des montagnes (Platanthera chlorantha), l’Orchis militaire (Orchis militaris), l’Orchis singe (Orchis simia) ou encore l’Orchis homme-pendu (Orchis anthropophora).
Sur les faciès les plus ras et les plus xérophiles se rencontrent l’Astragale de Montpellier (Astragalus monspessulanus), le Tabouret des montagnes (Thlaspi montanum), ainsi que la Bugrane naine (Ononis pusilla), l’Hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum), l’Hélianthème blanchâtre (Helianthemum oelandicum subsp. incanum) ou la rarissime Stipe plumeuse (Stipa pennata) sur les corniches rocheuses.
Les boisements calcicoles se caractérisent par un cortège floristique diversifié et une strate herbacée souvent développée. Sous les hêtraies calcicoles sèches fleurissent de nombreuses orchidées comme la Céphalanthère à grandes fleurs (Cephalanthera damasonium), la Céphalanthère à longues feuilles (Cephalanthera longifolia), la Céphalanthère rose (Cephalanthera rubra). Au nord de la Seine-Maritime, la hêtraie calcicole s’enrichie d’orchidées médio-européennes comme l’Épipactis à labelle étroit (Epipactis leptochila) et l’Épipactis à petites feuilles (Epipactis microphylla). Les secteurs les plus secs et les plus thermophiles de la vallée d’Eure présentent quelques chênaies pubescentes où peuvent être observés le Limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum), le Mélampyre à crêtes (Melampyrum cristatum) ou la Campanule à feuilles de pêcher (Campanula persicifolia).
Traditionnellement parcourus par des troupeaux itinérants, ces coteaux sont souvent victimes de l’abandon lorsqu’ils sont difficiles d’accès ou trop pentus. L’embroussaillement représente alors la principale menace qui pèse sur ce type de milieu. Ailleurs, la topographie plus douce a parfois entraîné leur intensification, leur mise en culture ou leur plantation. Ces espaces imposants dans le paysage ont bénéficié assez tôt d’une prise de conscience de la richesse de ce patrimoine naturel et culturel. Une trentaine de ces sites sont aujourd’hui géré par le Conservatoire des sites naturels de Haute-Normandie, principalement par pâturage extensif. |
Coteaux crayeux de la vallée de la Seine (environ des Andelys) Source : AREHN
La Violette de Rouen (Viola hispida)
La Biscutelle ou Lunetiere de Neustrie (Biscutella neustriaca)
L'helianthème des Apennins (Helianthemum apenninum)
Les coteaux constituaient des parcours pour les troupeaux. Ici, un troupeau de moutons au début du XXème siècle aux Andelys Source : AREHN |
Zones bocagères et milieux associésLes zones bocagères sont particulièrement représentées dans l’ouest du département de l’Eure et dans le Pays de Bray. La Saxifrage granulée (Saxifraga granulata) peut être observée dans les prairies maigres. Les prairies fraîches peu amendées sont le milieu de prédilection du Colchique d’automne (Colchicum autumnale). Certaines prairies maigres acidiphiles de l’ouest de l’Eure peuvent abriter la Pédiculaire des bois (Pedicularis sylvatica). Quelques rares prairies humides de plateaux présentent un cortège de plantes hygrophiles remarquables des prairies tourbeuses comme la Scorzonère humble (Scorzonera humilis) ou le Carum verticillé (Carum verticillatum).
Les talus des zones de bocage sont parfois le refuge de plantes rares. Ainsi, l’œillet velu (Dianthus armeria) fréquente les talus ensoleillés alors que l’Héllébore occidental (Helleborus viridis subsp. occidentalis) préfère les talus ombragés.
Enfin, les mares des secteurs bocagers peuvent présenter une flore riche et diversifiée, pour peu que la qualité de l’eau soit préservée et que les berges ne soient pas trop abruptes. Parmi les herbiers aquatiques, nous pouvons notamment observer des renoncules comme la Renoncule aquatique (Ranunculus aquatilis) ou la Renoncule peltée (Ranunculus peltatus), le Myriophylle à fleurs alternes (Myriophyllum alterniflorum), le Cornifle submergé (Ceratophyllum submersum), le Potamot de Berchtold (Potamogeton berchtoldii) ou encore les utriculaires (Utricularia vulgaris et Utricularia australis). Sur les berges ou en faciès d’atterrissement on trouvera parfois l’Ache inondée (Apium inundatum), l’Oenanthe fistuleuse (Oenanthe fistulosa) et plus fréquemment l’Oenanthe aquatique (Oenanthe aquatica).
Les forêts de pente et de ravin ainsi que les forêts neutrophiles, non exclusives des secteurs de bocage présentent elles aussi des cortèges floristiques intéressants. Les forêts de pente et de ravins présentent une abondance spectaculaire de fougères dont la Scolopendre (Asplenium scolopendrium), le Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum), le Polystic à soies (Polystichum setiferum).
Les forêts neutrophiles à Charme commun (Carpinus betulus), Frêne commun (Fraxinus excelsior) et Chêne pédonculé (Quercus robur) dont la strate herbacée est souvent caractérisée par l’Anémone sylvie (Anemone nemorosa), la Jacinthe des bois (Hyacinthoides non-scripta) ou encore la Mélique uniflore (Melica uniflora) abritent parfois des plantes rarissimes en Haute-Normandie comme la Lathrée écailleuse (Lathraea squamaria), et exceptionnellement la Scille à deux feuilles (Scilla bifolia), la Corydale solide (Corydalis solida) ou l’Isopyre faux-pigamon (Isopyrum thalictroides).
Les paysages bocagers ont été profondément affectés par la modernisation agricole (arrachage des haies, drainage, arasement de talus, abandon de mares, conversion des herbages en cultures…). La préservation du bocage est particulièrement difficile, car il ne s’agit pas de sites circonscrits, comme peuvent l’être une pelouse calcicole ou une lande humide mais d’une structure paysagère étendue. Les instruments classiques de la protection de la nature sont mal adaptés à ces espaces. Une prise de conscience semble cependant amorcée et des mesures incitatives du type mesures agro-environnementales sont prises encourageant entre autres la gestion extensive des herbages ou l’entretien de haies. |
Paysage bocager normand Source : AREHN
La Pédiculaire des bois (Pedicularis sylvatica)
La Renoncule aquatique (Ranunculus aquatilis)
Le Polystic à aiguillons (Polystricum aculeatum)
La Lathrée écailleuse (Lathraea squamaria)
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CulturesLe cortège des messicoles est nettement influencé par la nature du sol et par le type de culture (céréalière ou sarclée). Parmi les espèces rares ou devenues rares en Haute-Normandie, nous pouvons citer :
en moisson sur sols calcaires : l’Adonide d'automne (Adonis annua), l’Adonide flamme (Adonis flammea), la Fumeterre à petites fleurs (Fumaria parviflora), l’Ibéris amer (Iberis amara), la Spéculaire hybride (Legousia hybrida), le Pavot hispide (Papaver hybridum), la Valérianelle à oreillettes (Valerianella rimosa) ;
en moisson sur sables siliceux : l’Arnoséride naine (Arnoseris minima), la Flouve aristée (Anthoxanthum aristatum), la Gnavelle annuelle (Scleranthus annuus) ;
en moissons sur sols limoneux : le Peigne de Vénus (Scandix pecten-veneris), le Miroir de Vénus (Legousia speculum-veneris), la Valérianelle dentée (Valerianella dentata), le Chrysanthème des moissons (Glebionis segetum),
en cultures sarclées : la Camomille des champs (Anthemis arvensis), le Muflier des champs (Misopates orontium) ;
Qu’elles soient sur sols calcaires, sur limons ou sur sables siliceux, les plantes messicoles se sont fortement raréfiées dans un contexte d’agriculture intensive, de tri mécanisé des semences et d’utilisation de produits phytosanitaires. Le Grand Coquelicot (Papaver rhoeas), espèce emblématique pour le grand public, compte parmi les espèces messicoles ayant le mieux résisté à ces atteintes, contribue peut être ainsi à une image trompeuse de l’état de la flore sauvage des moissons dans nos régions de plaines. |
Le Miroir de vénus (Legousia speculum-veneris)
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Villes, villages et espaces anthropisésLes espaces anthropisés peuvent héberger une flore intéressante d’espèces plus ou moins rudérales.
Les vieux murs peuvent présenter une abondance de petites fougères dont la Rue de muraille (Asplenium ruta-muraria), la Fausse Capillaire (Asplenium trichomanes) ou plus rarement le Cétérach officinal (Ceterach officinarum).
Les jardins potagers, à l’image des cultures sarclées, peuvent également abriter quelques messicoles rares comme le Muflier des champs (Misopates orontium).
Les friches ou les délaissés ferroviaires, constituent pour certaines espèces des milieux de substitution à leur milieu originel. C’est le cas par exemple de la Linaire couchée (Linaria supina), espèce des éboulis crayeux et des moissons calcicoles fréquemment observée sur les ballasts de voies ferrées. Enfin, ces milieux anthropisés abritent un certain nombre d’espèces sous-observées ou méconnues des botanistes, comme par exemple la Stellaire pâle (Stellaria pallida) ou le Conyze de Sumatra (Conyza sumatrensis)…
Ces milieux sont évidemment peu menacés en Haute-Normandie. Notons cependant que les friches urbaines se raréfient notablement du fait d’une forte pression immobilière. |
Le Cétérach officinal (Ceterach officinarum)
Le Conyze de Sumatra (Conyza sumatrensis)
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